Formé à la Faculté de médecine de Strasbourg, le Dr Abd-El-Krim Loucif est aujourd’hui médecin gériatre au Centre de Réadaptation de Colmar. Le cœur de sa pratique réside dans une approche globale prenant en compte toutes les caractéristiques du patient. Inspiré par ses maîtres en médecine, il est à son tour inspirant, par sa persévérance, son engagement et son humilité.
« La médecine reste un art et non une science proprement dit. Il faut tenir compte de facteurs humains, que la science ne maîtrise pas complètement. C’est un aspect insaisissable, qui est le propre de nos existences et qui échappe à toute mesure » dit-il, un brin philosophe. C’est particulièrement vrai dans son domaine, la gériatrie. Les patients sont souvent en perte d’autonomie, parfois isolés ou en situation de précarité. Les uns arrivent au Centre de réadaptation à la suite d’une chute, d’une fracture ou d’un accident vasculaire … D’autres sont admis après une intervention chirurgicale programmée, comme la pose d’une prothèse de hanche ou de genou.
Polypathologie et polymédication
« Il souffrent généralement de pathologies multiples, souvent soumis à une polymédication, parfois à des difficultés sociales. Nous veillons à l'ensemble de la vie du patient » dit-il. Pour cela, il travaille en équipe avec des médecins rééducateurs, généralistes, kinésithérapeutes, ergothérapeute, orthophoniste, professeur en activité physique adaptée, diététicienne, assistante sociale... L'équipe pluridisciplinaire se réunit chaque semaine pour faire le point sur les progrès des patients et organiser leur suivi. « Toute l'équipe œuvre à redonner au patient le maximum d'autonomie pour son retour à domicile. Quand cela n'est hélas plus possible, nous préparons l’accueil en institution » dit-il. Les patients restent en général quatre à cinq semaines, rarement plus longtemps.
Le Centre compte une soixantaine de lits. Dr Loucif suit une vingtaine de patients. Son temps se partage entre les visites, la commission d'admission des patients, et les soins réalisés avec l'infirmière, les courriers aux confrères, les rendez-vous de consultation mais également les urgences chez ces patients fragiles. Il consacre à chaque entrant environ une heure pour mener un examen clinique complet, passer en revue les antécédents, déceler les pathologies passées inaperçues.
« J'ai une approche holistique du patient, c'est ce qui m'a toujours motivé dans ma carrière » dit-il. Médecin généraliste depuis 1999, il opte pour la Capacité en gériatrie en 2015. Après ses débuts à la Société de Secours minière Moselle-Est, des remplacements en zones franches urbaines et dix ans en cabinet libéral, il rejoint une unité de soins de suite et de réadaptation à Munster, puis le Centre de Colmar en 2018.
« La formation doit être permanente, c’est dans notre serment »
Pourquoi la médecine ? « Beaucoup de naïveté », répond-il en riant, avant de poursuivre : « J’ai toujours été impressionné par des personnes bienveillantes, comme mon médecin de famille. Il était un exemple pour moi. Je voulais un métier proche des gens, sans m’éloigner des sciences fondamentales, qui m’intéressaient beaucoup. »
De la Faculté de médecine, il garde en mémoire des personnalités très marquantes : le Pr René Kieny en chirurgie cardiaque, « impressionnant de savoir et d’humanité », le Pr Francis Kuntzmann, promoteur de la gériatrie à Strasbourg, ou encore de très grandes figures scientifiques comme Pierre Chambon en biologie moléculaire ou Jean-Louis Mandel, professeur au Collège de France.
Le Dr Loucif attache une grande importance à sa formation continue. Elle fait partie de son serment, rappelle-t-il, et le Centre la soutient et l'organise. Il vient de valider un DIU en soins palliatifs, et plus tard, il souhaite se former à l’hypnose et approfondir la prise en charge de la douleur.
« Accrochez-vous ! »
Son conseil aux jeunes étudiants en médecine : « Accrochez-vous ! Les premières années d'études de médecine sont très difficiles, mais rien n'est impossible. Mes parents étaient analphabètes et j’ai vécu dans un petit village, loin de tout. En deuxième année, une assistante sociale de l'Université m'a permis d’accéder à un prêt étudiant, ça m'a permis de passer le cap » raconte-il, toujours empli de cette reconnaissance et estime envers autrui.
Propos recueillis par Stéphanie Robert
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