Fadji Maina, chercheuse : comprendre la Terre à la Nasa
D’origine nigérienne, Fadji Maina s’est formée en hydrologie et sciences environnementales à l’Université de Strasbourg. Après trois post-doctorats, elle est aujourd’hui chercheuse à la prestigieuse Nasa, où elle étudie les ressources en eau à partir de données satellitaires. Intervenant à l’ONU et aux COPs, elle figure au palmarès 2020 des 30 scientifiques de moins 30 ans du magazine Forbes.
En 2020, Fadji Maina est la première Nigériane à intégrer la Nasa, à seulement 29 ans. L'agence américaine l'a repérée pour ses travaux de recherche sur les vulnérabilités régionales face aux extrêmes climatiques, dont les incendies titanesques en Californie. Au Goddard Space Flight Center et à l'Université du Maryland, près de Washington, elle analyse les données satellitaires pour comprendre la disponibilité des ressources en eau à l'échelle planétaire.
« On peut observer toute la Terre »
« Les satellites de la Nasa nous fournissent des données sur le cycle de l'eau : précipitations, humidité du sol, végétation, eau souterraine... Mon expertise est de les combiner via des modèles pour reconstituer le cycle de l'eau, comprendre les évolutions et l'impact des activités humaines. J'étudie en particulier certaines régions comme l'Inde, l’Amérique du Sud, le Sahel, la Californie ou le Mid-Ouest aux Etats-Unis, pour améliorer les prédictions, prévenir les risques d'inondation et de sécheresse » explique l'hydrologue.
Concrètement, elle s'appuie sur les données hydrologiques qu'elle traduit en équations pour décrire les phénomènes. Une fois celles-ci résolues, elle écrit les algorithmes pour la construction du modèle informatique. Elle combine plusieurs sciences pour produire une connaissance inédite. Et ça la passionne. « On peut observer toute la Terre, pour la comprendre. J'apprends en permanence ». Actuellement, elle élabore un modèle inédit d'estimation de la ressource en eau en Amérique du Nord, en temps réel et à un kilomètre près. Du jamais vu.
ONU, COPs et presse
La chercheuse est l’une des premières observatrices du réchauffement climatique. Les modèles jusqu'alors cycliques ne décrivent plus la réalité, il faut les adapter. Fonte des glaces himalayennes, disparition du manteau neigeux en Californie, surpopulation, désertification, consommation excessive d'eau dans certaines régions du monde... La scientifique reste pourtant optimiste : « Aujourd'hui, nous avons tous ces outils – IA, satellites, informatique – pour mieux comprendre les phénomènes et créer un monde durable » dit-elle.
Elle partage ses travaux dans les colloques scientifiques internationaux, mais aussi à l'ONU ou dans les COPs. Ce qui lui vaut d'être souvent sollicitée par la presse. En 2020, le magazine Forbes la distingue en l’intégrant à son palmarès 30 under 30 in Science.
Thèse avec mention « exceptionnel »
Passionnée, insatiable curieuse, déterminée, Fadji Maina s'est construit un parcours exemplaire, inspirant. Née au Niger, elle poursuit ses études grâce à des bourses : licence de géologie à l'Université de Fès, master en génie et sciences de l'environnement à celle de Strasbourg. Durant sa thèse, elle modélise l’aquifère de Cadarache pour le CEA, ce qui lui vaut la mention « Exceptionnel » à sa soutenance en 2016. « Mes études à Strasbourg m’ont donné la base fondamentale grâce à laquelle j’exerce mon métier aujourd’hui » confie-t-elle. Elle enchaine avec trois post-docs, au CNRS à Strasbourg, à l’Ecole polytechnique de Milan et au Berkeley Lab en Californie.
Engagée pour l’éducation et la promotion de la science au Niger, elle crée en 2023, sous forme associative, un programme de mentorat qui accompagne une quinzaine de doctorants nigériens sélectionnés (conseils, leadership, réseau, choix de recherche…). Un moyen d’agir à son niveau, pour encourager des jeunes talents vers une carrière scientifique passionnante.
Le conseil de cette scientifique d’exception : « Soyez curieux et ayez un objectif : quel est le problème que vous souhaitez résoudre ? C’est notre humanité : se lever chaque matin en ayant cette envie d’améliorer le monde ».
Propos recueillis par Stéphanie Robert
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