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Julie Waeckerli : thrillers et philosophie pour explorer la nature humaine

Portraits

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04/03/2016

Julie Waeckerli, alias Julie Ewa, est philosophe dans l'âme et de formation (elle a obtenu le master de l'Université de Strasbourg). Auteure de thrillers, elle y sonde la nature humaine, la question de la violence et des déterminismes. A 24 ans, elle poursuit son parcours comme éducatrice spécialisée en apprentissage.
 
Votre roman Les petites filles vient de paraître aux éditions Albin Michel. Qu'est-ce qui guide votre écriture ?
C'est un thriller inspiré de faits réels, sur les disparitions d'enfants en Chine. Il s'inscrit dans un contexte historique et politique particulier, celui de la politique de l'enfant unique. Je me suis beaucoup documentée, j'ai pris conscience des conséquences : abandons, infanticides, stérilisations forcées, trafics d'enfants pour le tourisme sexuel, l'adoption ou les dons d'organes. Je voulais comprendre ce qui pouvait arriver aux femmes chinoises lorsqu'elles attendent un deuxième enfant ou qu’elles mettent au monde une fille.
 
Pourquoi le thriller ?
Ce n'est pas le genre que je préfère lire - je lis plutôt des essais  de philosophie ou de psychologie, des témoignages -, mais c'est celui qui correspond le mieux à ma pensée car il demande beaucoup de logique, d'efficacité dans la construction de l'intrigue. Créer du suspens m'amuse beaucoup, c'est comme un jeu avec le lecteur. Ça m'amuse de poser un indice et d'imaginer sa réaction lorsqu'il va comprendre qu'il est à côté de la plaque.
 
L'écriture m'apporte un soulagement, une libération. Je ne cherche pas forcément à faire peur, mais surtout à répondre à des questions sur la nature humaine, autour de la violence, du déterminisme. De quelle manière le fait d'être né quelque part, dans une certaine culture, va nous amener à agir de telle façon et comment on peut y échapper ou non. Ce sont ces questions qui m'intéressent en philosophie et que j'essaie d'aborder dans mes polars.
 
La philosophie nourrit donc votre écriture, les deux se répondent ?
Avec le roman, on arrive à toucher la réalité d’une façon plus concrète, à travers le ressenti, plutôt que par l’analyse avec un concept et une théorie. Ce sont deux approches du même questionnement.
 
La question de la violence et de la liberté me taraudent. Le poids de la tradition, de la culture, de l'éducation. Et la notion de perception, par exemple, la nôtre et celle d’un paysan chinois. Mon roman parle aussi de l'ingérence, du choc des cultures. Ce sont des questions que je me pose tous les jours : de quel droit, en tant que travailleur social, peut-on s'ingérer dans la vie des familles, dans leur intimité ? De quel droit les ONG s'ingèrent dans le droit des pays, bien que dans les deux cas, ce soit pour le bien d'autrui ?
 
Avec le livre, j’amène les lecteurs à se décentrer, à voir que notre perception n'est pas la seule possible. Qu’est-ce qui pousse ces femmes chinoises à abandonner leur fille ? J’essaie de toucher du doigt ce qu’elles traversent. C’est une démarche philosophique.
 
Vous avez étudié la philosophie à l'Université de Strasbourg jusqu'en master, que vous ont apporté vos études ?
J’ai choisi la philosophie pour répondre à ces questions, pas dans un objectif professionnel. Mes études ont construit la personne que je suis. C’était une expérience d’une richesse inexprimable. Je n’aurais pas pu être éducatrice spécialisée après le bac, j’avais besoin de me construire une vision qui me permette d’affronter la vie. J’étais très sensible, d’une empathie extrême. J’ai acquis une intelligence émotionnelle. La philosophie peut nous apporter cette distance.
 
Souhaitez-vous vous consacrer exclusivement à l’écriture ?
Je ne crois pas, j’ai besoin d’être confrontée à la vraie vie. Mon rêve est d’exercer comme éducatrice spécialisée à mi-temps pour pouvoir écrire à côté.  
 
Votre prochain roman sera-t-il également un thriller ?
Oui, je suis en train de l'écrire, en reprenant mes personnages, Lina et Thomas, qui vont évoluer. Ça se passera en France et en Roumanie. Dans leur évolution, je vois ma propre évolution.
 
Propos recueillis par Stéphanie Robert
Crédit photo : Jean-Luc Waeckerli
 
A lire : son portrait publié en 2012 dans L'actu, lettre d'information de l'Université de Strasbourg :
 
Les petites filles, éditions Albin Michel (janvier 2016)
Le bras du diable, grand prix VSD du polar 2012
 

 

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