Visite du Palais Universitaire de Strasbourg : un témoin historique au cœur de l’Alsace
Le 28 mai dernier, les Alumni ont eu l’opportunité de découvrir le Palais universitaire de Strasbourg, accompagné par Matthieu Mensch, historien œuvrant au patrimoine architectural. Travaillant pour le Jardin des Sciences de l’Université - assistant de collections muséales, il collabore également en tant que chargé de mécénat patrimoine avec la Fondation de l’Université et des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg pour financer la conservation de ces richesses. En parallèle, Mathieu Mensch est chercheur associé à la faculté des sciences historiques, dont les locaux sont situés au sein même du Palais.
Les origines et la construction du Palais
L’histoire de l’université strasbourgeoise remonte aux XVe et XVIe siècles, sous le Saint-Empire romain germanique. Dotée d’une prestigieuse bibliothèque, elle attirait alors des étudiants de tout l’Empire depuis l’actuelle place du Temple-Neuf, avant que ce site ne soit détruit, en partie, par un incendie puis par les bombardements de la guerre de 1870.
Après la fermeture durant la Révolution française et la réouverture sous Napoléon, l’université a connu un tournant majeur après la défaite de 1870. Avec l’annexion de l’Alsace-Moselle par l’Empire allemand, Strasbourg devient un enjeu politique crucial. L’empereur Guillaume Ier souhaite transformer la ville en vitrine de la modernité allemande, en construisant la Neustadt (« ville nouvelle »). Cette urbanisation s’articule autour de grands édifices symbolisant les pouvoirs : le palais impérial (politique), le tribunal (judiciaire), l’église protestante (religieux) et, bien sûr, le Palais universitaire (savoir scientifique).
Construit par l’architecte Otto Warth après un concours réunissant plus de cent projets, le Palais se distingue par son style néoclassique, inspiré de l’Antiquité, de Florence et de certains bâtiments parisiens. Contrairement au style néo-prussien dominant de l’époque, cette architecture visait à rendre l’université plus accueillante tout en servant comme un outil de germanisation culturelle.
Une façade chargée de symbolisme
La façade du Palais raconte cette histoire à travers ses sculptures. On y retrouve Athéna, déesse du savoir, entourée d’allégories des anciennes et nouvelles sciences. D’autres œuvres célèbrent la transmission du savoir et la puissance intellectuelle allemande, tandis que les statues d’Argentina et de Germania incarnent respectivement Strasbourg et l’Allemagne.
Au fil des régimes politiques et des guerres, ces symboles ont été modifiés. Certaines statues ont été détruites, fondues pendant la Seconde Guerre mondiale ou retirées pour des raisons politiques. Grâce à des initiatives de mécénat et de restauration, plusieurs œuvres ont été recréées et replacées, témoignant aujourd’hui de cette histoire franco-allemande complexe.
La Seconde Guerre mondiale : une université divisée
L’histoire du bâtiment est indissociable des drames du XXe siècle. Dès l’élection d’Hitler en Allemagne, certains universitaires strasbourgeois alertent le gouvernement français sur le danger immédiat. L’université commence alors à préparer son évacuation : livres précieux, archives et documents officiels sont mis en caisse.
Lorsque l’ordre d’évacuation arrive, en 1939, la communauté universitaire trouve refuge à Clermont-Ferrand. En 1940, le nouveau pouvoir Nazi encourage au retour mais une partie des enseignants, étudiants et du personnel refuse et reste à Clermont-Ferrand. L’université de Strasbourg à Clermont-Ferrand continue de fonctionner, tandis qu’à Strasbourg, la Reichuniversität ouvre ses portes dans les locaux historiques. Deux universités coexistent donc pendant la guerre, aux orientations radicalement opposées. Chaque année, une cérémonie commémorative rappelle ces événements, rappelant que les intellectuels peuvent devenir des cibles pour les régimes autoritaires.
La situation devient dramatique à Clermont-Ferrand avec une grande rafle organisée par les autorités allemandes. Plus de 1 200 personnes sont arrêtées ; 130 sont déportées dans des camps de concentration, dont très peu reviendront.
Parmi les victimes du régime nazi, Marc Bloch, historien renommé, ancien professeur à Strasbourg et officier décoré, incarne le symbole de la résistance intellectuelle. Arrêté près de Lyon en 1944 pour ses convictions juives et intellectuelles, il est torturé puis exécuté. Il vient d’entrer au Panthéon le 23 juin 2026.
Restauration et vie contemporaine du Palais
Aujourd’hui, le Palais universitaire est un lieu prestigieux qui accueille cérémonies, concerts et tournages (comme pour le film Couleurs de l’incendie). Cependant, sa restauration est un chantier long et coûteux. Une seule coupole peut nécessiter près de deux mois de travail et coûter environ 43 000 euros. Les artisans retirent la peinture couche par couche, parfois au scalpel ou au coton-tige, pour préserver les décors originaux.
Certains éléments ont disparu ou été cachés. Pendant l’occupation, les nazis ont recouvert les peintures de blanc, qualifiant cet art de « dégénéré ». Heureusement, les décors originaux subsistent sous cette couche et sont progressivement restaurés. D’autres dommages, comme ceux causés par l’installation de l’électricité sous l’occupation, obligent les artisans à recréer des éléments entiers.
Le bâtiment a également dû s’adapter à l’évolution de la société étudiante. Conçu pour une élite masculine, il ne disposait initialement d’aucune toilette féminine, ce qui a nécessité des aménagements urgents lors de l’arrivée des premières étudiantes.
Après la Libération, l’Université de Strasbourg devient la seule université française décorée de la médaille de la Résistance. Le Palais a accueilli des moments historiques majeurs, comme la première session du Conseil de l’Europe en 1949, en présence de Charles de Gaulle et Winston Churchill.
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Rendez-vous sur ce lien : fondation.unistra.fr/projet/palais-universitaire
Soutenir ce projet, c’est rendre au Palais universitaire sa splendeur d’antan, dans le respect de la vision de ses bâtisseurs et de son cadre architectural.
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